François Marie Béranger, chanteur libertaire (28/08/1937-14/10/2003)

Catalogué, dès ses débuts musicaux en 1969, comme chanteur libertaire, François Béranger aura bien du mal à se débarrasser de cette étiquette. D'autant plus qu'en dehors de deux ou trois « tubes », sa notoriété restera toute relative. Pourtant c'est mal connaître le répertoire de ce troubadour des temps modernes, oscillant sans cesse entre dérision, révolte et tendresse. Un artiste disparu en octobre 2003 et que sa mort a hissé, un peu trop tard, au rang de grands de la chanson française.


François Béranger, 1937-2003

Issu d'un milieu ouvrier, François Béranger voit le jour le 28 août 1937 à Amilly dans le Loiret. Mais la famille Béranger vit tout près de Paris ; à Suresnes. Toute son enfance est marquée par la dureté de la vie prolétaire. Son père, André, résistant et ouvrier aux usines Renault de Boulogne Billancourt, est un syndicaliste convaincu et actif. Plus tard, il versera aussi dans la politique et sera élu député de la Nièvre. Quoi de plus normal que son fils hérite de cette idéologie de lutte de classe, et de révolte contre la misère sous toutes ses formes, et dans tout pays. Une conviction universelle de l'égalité que l'on retrouvera, plus tard, dans toute l'œuvre de l'artiste. Son enfance se passe entourée de femmes (sa grand-mère est très présente), et ni le maigre salaire de son père, ni celui de sa mère Jeanne, couturière, ne permettent à la famille Béranger de vivre à l'abri du besoin. Mais l'on chante beaucoup chez les Béranger, pour accompagner le travail, pour passer le temps, pour bercer son enfant. Des chansons qui donnent très tôt au petit François l'amour de la chanson. De plus, l'éducation du jeune homme est très portée sur la culture, et son père rêve en secret un tout autre avenir pour son fils.

Mais ce dernier, étrangement, choisit à seize ans d'intégrer lui aussi l'usine Renault. Pourtant, avant la fin de la guerre, les Béranger avait quitté Paris pour vivre, à Nevers, une existence plus confortable. Rapidement, François prend conscience de la sottise de la vie d'usine. Il prend la poudre d'escampette et s'engage avec quelques amis à La Roulotte, troupe de théâtre itinérante qui sévit dans les endroits délaissés par la culture : prisons, maisons de retraite, villages, banlieues,... sont les premières scènes du jeune comédien. Une vie d'artiste très vite contrainte à l'abandon par la guerre d'Algérie. A 22 ans, en 1959, François embarque pour un exil dans l'horreur de dix-huit mois. Durant cette longue période, une seule permission, que François choisit pour épouser Martine. A son retour, marqué par la guerre, mais réconforté par la naissance de sa fille Emmanuelle, il tente de retrouver une vie normale. Un retour éclair à l'usine Renault, puis un poste à l'ORTF où il tâte du cinéma et de la radio, la naissance de soin fils Stéphane, puis mai 68, où ses convictions ressurgissent au milieu des révoltes étudiantes. Le libertaire reprend la plume et la guitare, et entre deux métiers, enregistre quelques titres.

Par hasard, il atterrit chez CBS qui l'engage et lui fait enregistrer son premier succès Tranche de vie . D'emblée, le ton est donné : anti-militariste, gouailleur et révolté, le chanteur affiche la couleur, une couleur certes bien au diapason avec l'époque. Dans ses chansons engagées, on découvre un mélange de révolte et d'anarchie, de trémolos populaires et d'absurde. Un univers proche des Bruant ou des futurs Renaud et Antoine.

Béranger à la fête de l'Huma

Immédiatement censuré par le pouvoir, donc apprécié par la jeunesse, Béranger obtient un certain succès. Viré de chez CBS pour non-conformisme, il enregistrera durant les années 70 près d'une dizaine d'albums, mais sans retrouver le succès de Tranche de vie . Seul Mamadou m'a dit obtient le succès mérité en 1979, pour son propos acide et moqueur. Il faut dire que « jeunesse passe » et que son public soixante-huitard a mûri.

Pourtant, lui, n'a pas changé. Il reste ce fils d'ouvrier, ouvrier lui-même, comme si le destin était figé. Contestataire, révolté, libertaire, son écriture ne cède jamais une once de terrain au pouvoir. La police, l'Etat, l'industrie galopante, les racismes, les pollueurs de planète, les guerres,... sont ses cibles privilégiées. Mais lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, François Béranger prend ses distances. Déçu par la politique de François Mitterrand (« le vrai changement, c'est quand ? ») , il s'accorde une traversée du désert de sept ans ! De nombreuses autres passions occupent sa vie (notamment l'avion, comme Brel). Ce n'est que de temps en temps que Béranger sort du bois, pour enregistrer un album ou se produire sur une scène parisienne. Mais le cœur n'y est plus, malgré le succès d'estime de son album de 1997, et du double live en 1998. Fidèle à lui-même Béranger ne supporte plus l'hypocrisie du monde et des politiques. Pour lui, rien ne peut plus être sauvé. Son exil marque à jamais son dégoût de notre société.

Malgré son éloignement des médias, il reste un artiste populaire et admiré. Nombreux sont ceux de la jeune génération lui rendant hommage (comme Sanseverino qui reprend Le tango de l'ennui ) . Certains de ses titres restent dans les mémoires ( Mamadou m'a dit, Le tango de l'ennui, Tranche de vie, Participe présent ,…) comme l'œuvre d'un homme de cœur, révolté contre les injustices et finalement lucide. Le cancer l'emporte à 66 ans, le 14 octobre 2003. Les radios, un peu tard, lui rendent enfin un dernier hommage.

© Petit Dico de la chanson (SeB) novembre 2003

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